A Laval, un musée mondial du cure-dents volontairement « ubuesque »

L’exposition éphémère, historique et décalée, est à découvrir jusqu’au 30 juin au théâtre de L’Echappée à Laval

Il ne manque pas de piquant ! A Laval, où l’on cultive le souvenir de l’auteur d’Ubu Alfred Jarry, le musée mondial du cure-dent offre « une collection authentiquement fausse et réellement imaginaire » de 70 de ces objets, tous plus loufoques les uns que les autres. « Le musée mondial du cure-dent est né grâce, on peut le dire, à Alfred Jarry, Lavallois, qui sur son lit de mort a réclamé un cure-dent », explique François Béchu, responsable artistique de cette exposition à découvrir jusqu’au 30 juin.

Précurseur du surréalisme et du théâtre de l’absurde, Alfred Jarry (1873-1907) a donné à la langue française le terme « ubuesque », qui tient son origine du personnage d’Ubu. Jarry a fondé la « pataphysique », science des solutions imaginaires, dont se réclament les créateurs de cette exposition installée dans leur théâtre.

Car, avec les mesures post-confinement et l’impossibilité d’ouvrir toutes les places dans son petit théâtre, la troupe de l’Echappée a préféré se lancer dans une rétrospective de cet objet du quotidien, qui avait été mis en lumière une première fois en 1999 lors du festival des « Uburlesques ». Pour Claudine Orvain, 63 ans, à l’origine de cette collection classée en thématiques (les utilitaires, les décoratifs, les ludiques), « cet objet, qu’on retrouve sous différentes formes et sur tous les continents, a de l’avenir : on aura toujours besoin d’éviter le morceau de persil sur l’incisive ».

Une chose légère à prendre au sérieux

Parmi les cure-dents figure celui dit « de la mariée », orné d’une mini robe en dentelle blanche : « plus question de quitter la fête pour se livrer à sa toilette buccale. Grâce à « Dent’elle », la mariée restera belle et présentable », indique le cartel.

Autre excentricité savoureuse, le « souflopyr », un cure-dent monté… sur une pompe. « Le résidu s’incruste, se bétonne, un simple cure-dent ne peut pas faire l’affaire. Vous pouvez perdre votre cure-dent préféré, là avec le Souflopyr, il y a un système de pressez-poussez qui va désintégrer le résidu et l’évacuer dans l’arrière gorge », explique savamment Claudine Orvain.

Mais on apprend (aussi) des choses très sérieuses sur cet objet, que l’on retrouve utilisé par un personnage du célèbre tableau des Noces de Cana (1563) de Veronese ou que le premier appareil à le fabriquer industriellement a été breveté aux Etats-Unis en 1872. Ou encore cette citation croustillante de l’écrivain Roland Dorgelès : « L’expérience est comme un cure-dent, personne ne veut s’en servir après vous ».

Le cure-dents a ses ennemis

« Regarde celui-ci, qu’est ce qu’il est drôle ! », dit Jean-Louis en montrant un cure-dent dans un mini sarcophage égyptien à Ginette. « Il y a beaucoup de dérision, de fantaisie et certains sont complètement impossibles », s’amuse ce visiteur. Isabelle, qui fait partie du même groupe, a un faible pour le cure-dent intégré dans le mégot d’une cigarette, « qui permet de fumer en se curant les dents, pratique ! ».

Dans ce doux délire artistico-pratique, François Béchu se fait le porte-drapeau de la phrase d’Eugène Ionesco, qui a également vécu en Mayenne, selon lequel « la vérité est dans l’imaginaire ». « Grâce à ce musée mondial, le cure-dent trouve un nouvel essor. Un essor artistique », plaide François Béchu, et ce, alors qu’il est menacé « par la brossette, un élément perturbateur dans la chaîne du cure-dent », dit-il en arrivant à garder son sérieux. En hommage à son maître-penseur, il ponctue les visites des groupes par des lectures de Jarry sur un vélo immobile.

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